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Quand Hutin rencontre Descrambe
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Quand Hutin rencontre Descrambe

D’habitude, les étiquettes de vin si elles flirtent avec l’air du temps, ne sont pas franchement grivoises. Le vigneron Gérard Descrambe est un chouchou des médias. Quant à Dominique Hutin, sa voix grésille dans le poste de radio quand il ne croise pas le verre. 

Tiens mais Hutin, ça sonne bien ! Dans l’ancien français, ce surnom désigne un personnage « querelleur ». Alors quand on se plonge dans ce nouvel ouvrage intitulé Grand Cru Déclassé, on cerne d’emblée l’élan tapageur des deux hommes.

Vous l’avez compris, l’un est journaliste quand l’autre fait du vin. À eux deux, ils font la paire. Mon premier est un vigneron dont le père s’est lancé dans le bio avant l’heure. Mon second est un journaliste-oenologue autodidacte qui en pince pour le verre ballon et la fourchette depuis les années 1980. Voilà pour le parcours technique des deux agités. Les habits ne font pas toujours les moines !

Car le père de Gérard Descrambe est entré en bio comme en religion. Comprenez avant l’heure. Et oui c’était la bonne heure. Mais personne ne s’en doutait ! Militant, il a été l’un des fondateurs de Nature & Progrès. Gérard Descrambe raconte le Genèse :

«Au début des années 70, de vaillantes études en ‘Communication’ me permettaient une carrière citadine, peut-être paisible et confortable. Las, le père succombait à un ennui cardiaque et me rappelait à lui, dans une grande crise du Bordeaux, plus ou moins orchestrée par nos amis américains. Me voilà donc en compagnie de mon frère jumeau (initié, lui, aux techniques viti-vinicoles, mais non préparé aux affres du commerce), propulsé à l’avant d’un vignoble conduit en agrobiologie (depuis 1954) et d’un stock de vin de ce terroir, dont il fallait impérativement inventer un mode de vente.»

Déjà, l’hebdo satirique concentre des talents dont François Cavanna (1923-2014), Jean-Marc Reiser, Georges Wolinski (1934 et mort en 2015 dans les conditions que l’on sait à Charlie Hebdo), Georges Blondeaux dit Gébé (1929-2004) tous devenus scénaristes de Bd. Gérard le fils s’intéresse à l’écologie. Dans les années 1970, il écrit donc à Charlie Hebdo à Paris. Plus exactement au professeur Choron. Le gars ultra-provoc qui lui fera des étiquettes-poèmes : « Cuvée de mes deux ».

« Fort de mon cursus Communication, je prends ma plus belle plume et écris au plus grand groupe de presse de cette glorieuse époque s’intéressant à l’écologie, c’est-à-dire Charlie-Hebdo / Hara-Kiri (qui venait d’accoucher de « La Gueule Ouverte »). Deux jeunes couillons allaient s’appliquer à succéder au père dans des conditions Don Quichottesques (le vignoble est à refaire, l’écologie, tout le monde s’en fout et le bordel est général). Je conclus donc cette vénérable missive au Président Directeur Général de la docte entreprise, alias le Professeur Choron par : « si tu me fais une commande, je l’encadre et la cloue dans mes chiottes. Ce document essentiel y traîne toujours et je peux l’admirer quotidiennement. »

Habituellement, les étiquettes de vin sont plutôt des produits dérivés de la Bd. En ce sens, elles font vendre les bandes dessinées. Mais chez Descrambe, elles font parler de vin, de la viticulture bio. Et cela millésime après millésime. Tandis que le temps passe à Saint-Émilion et que les vins du domaine évoluent. Non seulement les souvenirs s’accumulent, mais les signatures restent.

Lorsque la barbarie entre dans les murs de Charlie Hebdo, Gérard Descrambe voit défiler sa vie. Les dessinateurs Cabu, Tignous, Charb et Wolinski et 8 autres personnes ont été assassinés lors de l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Alors s’il est vrai que dans ce livre-mémoire, les deux hommes ne sortent pas leurs flingues.

Quoique ça dépend envers qui. Le ton est criard, provoc, décapant à souhait. Et l’humour dit-on se cultive en lisant. La politique et les relations internationales ne sont pas oubliées. Et pas moins de 47 millésimes sont chronniqués, dessins à l’appui. Conclusion : achetez-le ! Où ça ? Aux éditions de L’Epure


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