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La ruée manouche des Saintes n’aura pas lieu
Pélerinage gitan des Saintes-Maries-de-la-Mer
Culture - Documentaire

La ruée manouche des Saintes n’aura pas lieu

Événement sacré de la Camargue, la procession de la Vierge Noire a toujours animée la foi tsigane. Et cela d’une ferveur sans frontières. Hier, les rythmes manouches résonnaient nuit et jour dans les ruelles des Saintes-Maries-de-la-Mer. Aujourd’hui, le pèlerinage n’est qu’un mirage.

Texte de Christelle Zamora & photos de Caroline Hernandez

Cette année, la Camargue sera orpheline d’une procession séculaire. Les femmes ne mettront pas de roses dans leurs cheveux. Les franges de leurs châles bigarrés ne danseront pas sur leurs épaules. Leurs sourires ne feront pas vibrer les coeurs.

Les tziganes n’apporteront pas les mélodies de régions reculées d’Europe. Et bien au-delà, nous n’entendrons pas dans les rues des Saintes leurs accents espagnols, indiens ou polonais. Les Roms ne déambuleront pas réunis et heureux.

Ni foule ni gardians ne porteront statues et reliques jusqu’à la mer, où tout a commencé. Les bras ne seront pas levés pour accompagner les voix hurlantes. Il n’y aura pas de gorges déployées pour crier « Vive Sainte Sara, Vive Les Saintes Maries ». Les langues ne se mêleront pas à la prière. Et des voeux innombrables ne seront pas formulés.

Femmes tziganes enlacées (c)L'atelier photographique

Les Saintes-Maries-de-la-Mer

La procession gitane (c)L'atelier photographique

Les Saintes-Maries-de-la-Mer

Fillettes tziganes (c)L'atelier photographique

Les Saintes-Maries-de-la-Mer

Sainte Sara - La Vierge Noire (c)L'atelier photographique

Les Saintes-Maries-de-la-Mer

Les Saintes-Maries-de-la-Mer ne seront pas ce théâtre ambulant. Et Sainte Sara va se sentir bien seule. Les chants ne seront pas portés par les vagues. Et surtout le vent restera sourd. Les lampions ne feront pas briller les yeux des fillettes gypsies.

Dans les coeurs désarmés des désunis, les musiques Roms ne s’animeront pas. Les airs des Balkans, d’Andalousie ou des Carpates ne chevaucheront pas les coeurs amants.

Confusément, le vent transporte des airs comme jadis la mer dans les coquillages. Mais l’écho fugace des guitares se perd, tel un radeau posé sur l’horizon. Et les musiques endiablées sombrent, réduites au silence.

Soledad, tu résonnes comme un astre. Et pourtant, ton silence nous livre l’aveu impuissant de jours qui ne viendront pas. Déjà dissimulé dans les brumes de l’oubli, cette année ton soleil sera noir.


Christelle Zamora est une journaliste indépendante spécialisée dans le vin, la gastronomie et le tourisme. Elle a une formation de juriste en droit de la vigne et du vin, a suivi les cours du Wine and Spirit Education Trust (WSET), level 2 et 3. Impliquée dans la presse écrite de 1999 à ce jour, elle a co-écrit le Hors Série "1907-2007, un siècle rouge ardent" sur l'histoire du Midi rouge, période de fronde des vignerons languedociens et l'avancée de la mondialisation à compter des années 2000, pour Midi Libre. Pour ce titre, elle a intégré la rédaction des magazines pour 3 ans puis a été l'auteur d'un guide culturel. Parmi les artistes de la Bible de l'art singulier, éditions Livre d'Art en 2010. Elle a écrit plusieurs ouvrages dont "Limoux, vignoble d'histoire et de légendes" aux éditions Privat (nov. 2018), "Le vin en 365 jours" aux éditions PlayBac (oct. 2019), Le vin et la dégustation intuitive aux éditions Féret (nov. 2019).

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